Beethoven, qui ressent à cette époque les premières atteintes de la surdité, compose sa 2e Symphonie en ré majeur opus 36 entre 1801 et 1802. La création de l'oeuvre à Vienne laissera la critique perplexe, un article du Zeitung évoquera même à son sujet "un monstre hurlant, secoué par des convulsions mortelles". La rupture avec la tradition symphonique héritée de Haydn se poursuit. L'oeuvre est dédié au mécène, le prince Karl Aloïs de Lichnowsky (1761-1814).
C'était sur la papier une soirée prometteuse : le Théâtre an der Wien, sis à Vienne comme son nom l'indique, avait mis à l'affiche plusieurs créations de Beethoven dont ce 3e concerto pour piano en ut mineur opus 37. Par manque de temps et compte tenu de la richesse du programme, les répétitions avaient été un peu bâclées. Du reste, Beethoven n'avait même pas terminé de coucher par écrit la partie de piano, ce qu'il ne fera qu'un an plus tard pour que son élève Ferdinand Ries (1784-1838) puisse la donner à son tour. Beethoven jouera donc sa partie de mémoire, au grand désespoir de son tourneur de pages Ignaz von Seyfried, qui était aussi le directeur du Théâtre et qui rapporte dans ses mémoires :
"Beethoven m′invita à lui tourner les pages, mais ciel ! C′était plus facile à dire qu′à faire. Je ne voyais guère que des pages blanches, tout au plus par-ci par-là quelques hiéroglyphes totalement incompréhensibles pour moi ; il jouait la partie principale presque entièrement de mémoire car il n′avait pas eu le temps comme cela lui arrivait souvent, de l'écrire complètement"
Cette première, malgré tout, n'a guère nuit à la réputation de ce concerto qui marque le basculement de Beethoven du style classique/mozartien vers le style romantique que la coloration sombre, sobre et ambrée de l'oeuvre illustre magnifiquement.
Beethoven n'a jamais manifesté un intérêt particulier pour la religion bien que, comme tous ses contemporains en Europe, il fût naturellement baigné dans la culture et l'imaginaire chrétien. A l'instar d'autres compositeurs romantiques dont, par exemple, Berlioz, il a livré quelques oeuvres sacrées qui sont en fait des oeuvres théâtrales ou musicales exploitant les ressources dramatiques de la mythologie chrétienne.
Donné pour la première fois et dans des circonstances un peu acrobatiques au Théâtre an der Wien, à Vienne, l'oratorio Le Christ au Mont des Oliviers, opus 85 s'inscrit bien dans cette tradition qui, faute d'être pieuse au sens strict du terme, respecte l'esprit du texte tout en adaptant son esthétique à celle de l'époque.
Albert Roussel nait ce 5 avril 1869 au sein d'une famille de la bourgeoisie industrielle et cultivée de Tourcoing. Son éducation le pousse à s'intéresser à la fois aux arts, dont la musique, aux sciences et aux voyages au travers de la lecture de Jules Verne (1828-1905).
Le jeune homme est admis à l'Ecole Navale en 1887 après avoir passé son baccalauréat au Collège Stanislas, à Paris. Il embarque dès le 1er octobre sur un navire-école basé à Brest, le Borda, fier bâtiment de 120 canons. Au cours des années suivantes, il occupe son temps libre sur le navire en étudiant l'harmonie. Il accompagne également au piano les messes données sur les navires où il sert et se livre à ses premières expériences de composition. Il faut toutefois attendre 1894 pour que Albert Roussel, après avoir démissionné de la Marine, se consacre pleinement à l'étude de la musique et à la composition. Il s'inscrit à la Schola Cantorum en 1898, il y suivra les cours de Vincent d'Indy (1851-1931).
Très exigeant tout comme son maitre, Albert Roussel n'a pas conservé tous ses travaux. On sait qu'il a composé de la musique de chambre dès 1892 mais la suite Les heures passent de 1898 est le premier opus conservé. La patte personnelle du compositeur se fait déjà entendre.