Il avait voulu être militaire. Faute d'y parvenir car il n'était que roturier, il s'était fait poète. En 1787, André Chénier avait accompagné à Londres le marquis de la Luzerne, nommé ambassadeur de France en Angleterre. Son amie et amante, la peintre Maria Cosway, était du voyage. Il revient cependant régulièrement en France, qu'il rejoint dans le courant de l'année 1790. La Révolution y a commencé son oeuvre, il s'y joint comme membre du Parti Constitutionnel.
André Chénier publie au Journal de Paris, un des bulletins des modérés. Il s'oppose aux radicaux qui préparent la Terreur, s'en prend à Brissot, à Robespierre, à Marat. La gauche lance des menaces. En août 1792, Chénier doit quitter Paris pour protéger sa vie. Après les massacres de septembre 1792 (1300 personnes lynchées par les révolutionnaires : royalistes, prêtres, prisonniers de droit commun etc.), il fait encore partie des citoyens cherchant à faire acquitter Louis XVI . En dépit de l'accumulation des signaux d'alerte, le poète reste à Paris après l'exécution du roi le 21 janvier 1793.
André Chénier est arrêté en mars 1794 à Louveciennes en compagnie de son amie Emilie-Lucrèce d'Estat, qui compte elle aussi parmi les opposants aux jacobins et à la Terreur. Afin de lui sauver la vie, Chénier crée un incident qui détourne l'attention des miliciens et permet à la jeune femme de s'échapper. Emprisonné, jugé donc condamné par les tribunaux expéditifs destinés à éliminer les adversaires politiques de la Convention et du Comité de Salut Public, André Chénier monte sur l'échafaud ce 25 juillet 1794.
Deux jours à peine avant le 9 thermidor qui verra la chute de Robespierre, Chénier rejoint Charlotte Corday à la mémoire de laquelle il avait écrit une ode quelques mois plus tôt :
"Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée,
Tu semblais t'avancer sur le char d'hyménée,
Ton front resta paisible et ton regard serein.
Calme sur l'échafaud, tu méprisas la rage
D'un peuple abject, servile et fécond en outrage,
Et qui se croit alors et libre et souverain"
(André Chénier - Ode à Charlotte Corday, 1794)