Commencée pendant l'été 1895, la Troisième Symphonie en ré mineur sera terminée un an plus tard au terme d'un travail créatif étonnamment rapide quand on se souvient que des difficultés éprouvées par Mahler lors de la composition des deux symphonies précédentes : il lui avait fallu huit ans pour terminer sa Première Symphonie, six ans pour la Seconde, pourtant nettement plus imposante. La Troisième Symphonie semble couronner le processus : achevée en un an, elle est aussi la symphonie la plus longue du répertoire en ce début du XXe siècle ; son premier mouvement dure plus d'une demi-heure à lui seul, autant qu'une symphonie classique.
Mahler prévoit initialement sept mouvements pour son oeuvre. Le dernier mouvement, utilisant un chant de son cycle Des Knaben Wunderhorn, sera finalement déporté vers la Quatrième Symphonie qui verra le jour quatre ans plus tard.
La taille de l'oeuvre, son effectif orchestral ainsi que la dimension métaphysique que Mahler y déploie, rendent difficile l'exécution de la Troisième. Arthur Nikish puis Mahler lui-même en dirigent quelques mouvements en 1896 et 1897, qui sont accueillis fraîchement. La partition complète ne sera publiée qu'en 1899 et c'est ce 9 juin 1902 que Gustav Mahler dirige sa Troisième Symphonie avec l'orchestre de Cologne, à Krefeld en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
Longtemps négligée, peu appréciée de la critique et du public, la Troisième finira par quitter son purgatoire. Elle est aujourd'hui considérée comme une des oeuvres maitresses du compositeur. Le quatrième mouvement utilise un texte de Friedrich Nietszche (1844-1900) extrait de Ainsi parlait Zarathoustra.
Ce 9 juin 1865, le train reliant Londres à Folkestone dans le Kent, approche du viaduc franchissant la Beult, une rivière mineure dont le lit est presque à sec en cette saison. La voie a été coupée en raison de travaux de maintenance mais le contrôleur chargé de signaler le danger n'a pas été posté assez loin : le train n'a pas le temps de s'arrêter. Malgré un freinage d'urgence, le convoi de la South Eastern Railway déraille sur le viaduc et plonge en contrebas.
Dix passagers perdent la vie dans l'accident qui en blesse une quarantaine d'autres. Le romancier Charles Dickens (1812-1870), qui compte parmi les rescapés, participe aux opérations de sauvetage. Par une ironie du sort, c'est également un 9 juin qu'il mourra quelques années plus tard.